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El Watan | Algérie | 29/03/2006
Quelle évaluation faites-vous du nouveau cahier des charges fixant les modalités portant l’importation des médicaments ?
Il faut rappeler que le secteur du médicament était jusqu’en 1991 sous monopole de l’Etat. Ce n’est qu’à partir de la période d’ouverture économique, qui a suivi, que le secteur privé a pu s’impliquer dans cette activité, avec obligation d’investir dans un projet industriel. Malheureusement cet élan productif a été ralenti par la tragédie nationale qu’a vécue notre pays, qui rendait très difficile le transfert de technologie ainsi que la mise en place de montages financiers en rapport avec l’importance des investissements à réaliser. Fort heureusement, depuis le début des années 2000, une importante relance a été observée, qui s’est traduite par quelque 40 milliards de dinars d’investissements et la création, de plus de 12 000 emplois directs, dont une majorité hautement qualifiée. Il faut savoir cependant que le passage vers l’économie de marché, que nos autorités veulent mettre en place - ce dont nous nous félicitons - ne peut se faire sans un changement des mentalités. En effet, l’élaboration du nouveau cahier des charges, définissant les règles que les opérateurs économiques devront suivre, aurait dû être faite en concertation avec ces derniers, ce qui, hélas, n’a pas été le cas. D’autant plus que ce cahier des charges, qui devait répondre aux exigences de l’OMC, comporte en son sein des articles qui vont à l’encontre de ces dernières, tout en ayant mis entre parenthèses certains textes qui permettaient d’assurer une gestion saine et rigoureuse de l’approvisionnement en produits pharmaceutiques. Cela a entraîné, d’ailleurs, plusieurs problèmes dans notre secteur aujourd’hui.
De quels types sont-ils ?
On peut constater qu’il y a eu des perturbations opérationnelles en début d’année, à savoir une période de plus d’un mois pendant laquelle le dédouanement de médicaments n’était pas possible, en raison d’un manque de coordination entre le MSP et la direction générale des Douanes. Mais plus grave encore, nous constatons actuellement une rupture de plusieurs contrats de partenariat entre des opérateurs nationaux et des sociétés étrangères, tant dans le domaine de la cession de licences qu’en termes de contrats de façonnage, et ce, vu la levée de toutes les mesures incitatives orientées vers la production locale. Pour nous, ce nouveau cahier des charges représente une véritable rupture du contrat de développement sur la base duquel nous nous sommes engagés dans des investissements lourds, ce qui, sans mesures rectificatives urgentes, conduira à la mise en péril de l’industrie pharmaceutique nationale, nous prévoyons la fermeture d’au moins 50% des unités actuelles à l’horizon 2010.
Vous voulez dire que l’industrie pharmaceutique nationale ne bénéficie d’aucun soutien ?
Il faut savoir que le secteur du médicament est le seul dans lequel les opérateurs ont été tenus à une obligation d’investir dans la production, en contrepartie d’un engagement moral des autorités en termes de soutien. Or, il se trouve aujourd’hui que plusieurs unités démarrent leurs activités. Le peu de mesures de soutien qui avaient été mises en place auparavant, se voient supprimées sous prétexte de l’adhésion prochaine de l’Algérie à l’OMC. Ce qui est paradoxal, c’est qu’il est possible de négocier avec l’OMC une adhésion intelligente, à l’image de nos voisins ou d’autres pays en développement qui ont négocié certaines mesures permettant de soutenir leur industrie pharmaceutique. Cela est d’autant plus inquiétant qu’un déséquilibre des avantages concédés à l’OMC pourrait, dans les années à venir à nous fragiliser vis-à-vis de nos voisins. Nous pensons qu’il est primordial que l’Algérie, étant le marché le plus important dans la région, soit non seulement aidée à rattraper son retard actuel, mais aussi à se positionner en leader dans la zone maghrébine. Cela passe obligatoirement par un soutien appuyé de nos autorités aux entreprises nationales, même si les modalités de ce soutien doivent être définies en cohérence avec le nouveau contexte des accords OMC et UE, ce qui est aujourd’hui loin d’être le cas ; je dirais même que nos adhérents vivent des difficultés quotidiennes, notamment par la phase première qui est celle de l’enregistrement de leurs produits au niveau du MSPRH.
Où se situent, d’après vous, les blocages ?
Les blocages sont nombreux et ont tous en commun l’absence d’une politique affichée par les autorités publiques vis-à-vis de ce secteur sensible de l’économie. Nous devons souligner par ailleurs que la phase de l’enregistrement est, dans la réalité, le talon d’Achille de toute politique publique dans le secteur pharmaceutique. Or, nous constatons que cette fonction souffre de défaillances importantes de moyens et d’organisation, et ne semble pas du tout adaptée au contexte économique nouveau dans lequel notre pays est en train de s’engager. Les lacunes sont à plusieurs niveaux :
Il faut souligner également la lenteur des procédures qui handicapent davantage le producteur national qui doit stocker les 3 lots industriels de validation nécessaires à l’enregistrement et assumer financièrement ce stock pendant plusieurs mois, et cela dans l’attente que des commissions siègent ou que des signatures soient apposées. Il est indispensable que nos autorités assimilent l’importance du facteur temps et qu’un retard, ne serait-ce que d’une semaine, équivaut à un manque à gagner important qui risque d’affecter la santé financière de nos entreprises, génératrices de richesses et d’emplois.
Il semble que votre vision est assez pessimiste ?
Non. Notre vision n’est pas pessimiste, bien au contraire, nous estimons que notre pays dispose d’un potentiel énorme ; en revanche, on ne peut s’empêcher d’observer qu’il ne l’exploite pas suffisamment et qu’il valorise très mal les opportunités qui lui sont ouvertes. Le fait de ne pas soutenir les producteurs nationaux équivaudrait à remettre les clés de la gestion de notre santé publique à des sociétés étrangères. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si l’Algérie est prête à dépendre totalement de l’étranger pour sa consommation en médicaments.
Djamila Kourta
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